D’abord, c’est la simplicité du personnage qui surprend et étonne. Je m’étais imaginé un grand type imposant, peu amène, sérieux. C’est au contraire un homme souriant, qui s’exprime avec humilité, simplicité et humour, qui répond bien volontiers aux nombreuses questions des étudiants, plus ou moins polémiques, du SMIC européen au TAFTA (Négociation EUROPE/USA sur le Grand Marché Transatlantique). Il tente donc d’apporter des réponses aux critiques – justifiées- qui concernent l’Europe aujourd’hui. En effet, ces critiques sont de moins en moins l’apanage de partis politiques isolés, mais de plus en plus celui d’une grande partie des citoyens européens. Il est nécessaire d’entendre, d’écouter et de prendre en compte ces reproches. L’Europe n’est pas une institution immuable qui s’impose à nous et nous maintient sous son joug.

Aujourd’hui, Il faut s’interroger sur l’Europe que nous désirons voir émerger. Selon M. Schulz,  Les critiques proviendraient de l’inadaptation des institutions européennes aux besoins, aux préoccupations des citoyens. Le projet de construction européenne se concrétise à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et dès lors, un objectif principal apparaît : répondre à la haine, à la volonté de tuer, aux prérogatives raciales par l’intégration européenne. Autrement dit, l’Europe est vue comme « un cadeau » qui permet de substituer à la folie de la destruction ayant  sévi sur le continent européen une coopération entre les nations. Cependant, ce cadeau donne des responsabilités particulières : il faut « jouer le jeu «  de l’intégration. Pourtant aujourd’hui, jouer le jeu de cette intégration serait sûrement vu comme le respect des 3%, l’euro qui pénalise le commerce extérieur, les travailleurs détachés… Autant de reproches, plus ou moins fondés, qui se sont aujourd’hui imposés dans la représentation que l’on se fait de l’Europe. Que de chemin parcouru, depuis l’instauration de celle-ci ! Comment regagner la confiance des citoyens ? Comment renouer avec les principes fondateurs de l’Europe, dans ce contexte économique très difficile ?

Pour le Président du Parlement, seule institution européenne qui voit ses membres élus au suffrage universel direct, le changement de la structure des institutions de l’UE est inéluctable. Celles-ci doivent obligatoirement se pencher sur les questions véritablement problématiques, avoir le courage d’affronter le débat  pour tenter d’y apporter des réponses, non plus au niveau national mais bien au niveau supranational, et devenir plus représentatives et démocratiques.

Bien sûr, cette refonte des institutions n’est pas évidente. Leur fonctionnement même laisse la part belle aux décisions prises au niveau national, que ce soit dans la nomination des membres ou dans l’élaboration des directives et réglementations de la Commission Européenne.  De plus, la mauvaise connaissance du fonctionnement de celles-ci, le peu de pouvoir du Parlement Européen, empêche l’émergence de l’idée et de la pratique de la citoyenneté européenne au sein des pays membres.

L’Europe est bien souvent ramenée à son domaine de compétences économiques, au détriment des principes mêmes qui font de celles-ci l’intégration régionale la plus complète. La Cour Européenne des Droits de l’Homme, la citoyenneté européenne, la culture européenne… Des éléments qui ont tout autant leur place que les considérations économiques. Les institutions doivent également se recentrer sur ces principes. Bien sûr, dépasser la peur de perte de souveraineté des Etats n’est pas chose aisée. Le niveau national  est toujours privilégié. Mais la promotion de ces mêmes  principes, le renforcement des institutions et leur adéquation avec les véritables problématiques auxquelles les Européens sont confrontés pourra y contribuer. Bien sûr, cela est loin d’être évident, dans la mesure où les intérêts des citoyens ne sont pas forcément identiques. Bien sûr, l’Europe est face à des défis de taille, dans un monde où elle doit tenir compte des autres puissances et de leurs intérêts. Bien sûr, on peut reprocher à ces principes leur caractère idéaliste, déconnectés de la réalité des citoyens.

Cependant, il m’apparaît tout de même plus que nécessaire de ne pas oublier ces principes, de les réaffirmer, de les promouvoir avec conviction. Y croire, car ces principes sont les présupposés de la construction européenne, de la coopération. Sans eux, impossible de construire quoi que ce soit, même une simple union douanière.

A quelques semaines des élections européennes, se rappeler encore de ces principes, de cette volonté de vivre ensemble, de cette volonté de paix, tout simplement. Faire entendre sa voix, pour dire ce qui ne va pas, ce qui ne convient pas. L’Europe ne s’impose pas à nous, nous la façonnons et la construisons, ensemble. Ce travail n’est pas aisé, il est lent et progresse pas à pas avec difficulté, mais il existe. Alors ne détruisons pas cette coopération que nous  avons tous mis si longtemps à réaliser. Au contraire donnons-lui les moyens d’exister, de s’affirmer et de grandir à nouveau.

Valentine de MUIZON