Le problème n’est-il pas plutôt celui de la lâcheté des gouvernants une fois arrivés au pouvoir ?
Pas seulement. Ce sont surtout leurs engagements mensongers qui les paralysent. Pourquoi aussi bien Hollande que Sarkozy ont-ils choisi d’annoncer en 2012 des taux de croissance impossibles et des promesses intenables ? Pourquoi ont-ils choisi la démagogie ? Parce que les institutions y conduisent ! Ils ne pouvaient pas ignorer où nous en étions. Mais notre système est tel que ce qui se joue à la Présidentielle, c’est tout ou rien. Tout le pouvoir ou aucun pouvoir. Donc, tout est bon, toutes les facilités, pour ramasser le gros lot. La victoire va au mieux disant démagogique. Mais quand ils ont gagné, les gouvernants se trouvent impuissants. Les réformes parce qu’elles n’étaient pas dans le contrat, deviennent impossibles à réaliser. La preuve en est faite en France depuis vingt ans ! Tant d’illusions et de chimères nous ont conduits à la situation catastrophique qui est la nôtre aujourd’hui. L’exigence de vérité n’est pas seulement morale : elle est devenue la condition même de l’action.
 
Ceci dit, plus vous-même avez dit la vérité, moins bon a été votre score. Il est plus profitable de gifler un gosse chapardeur, ça vous a profité en 2002.
Ce geste aussi disait la vérité du père de famille que je suis ! Pour le reste, j’ai un contrat de loyauté avec mes concitoyens et avec ma propre vie. Je n’accepte pas un pouvoir obtenu par la fraude et de ce fait à coup sûr voué à l’échec.
 
Et si le peuple ne veut pas entendre la vérité, que faut-il faire ? Changer de peuple ?
Continuer sans répit le combat ! La lutte pour ouvrir les yeux des Français est la seule qui puisse un jour changer les choses. Ce fut la lutte solitaire des Républicains sous le second Empire, la lutte de Gambetta, celle de Jules Ferry, de Clémenceau, celle de Churchill, de de Gaulle pendant plus de dix ans.
 
Vos deux références sont Pierre Mendès France et Raymond Barre, deux hommes estimables mais, finalement, des loosers, non ?
Vous ne devriez pas employer de tels mots. L’un et l’autre, à leur manière, ont été l’honneur de notre pays. 30 ans après sa mort, Pierre Mendès-France reste une référence et tous ceux qui l’ont battu ont été effacés. Les deux hommes ont perdu dans l’ordre électoral mais dans l’ordre civique ils ont laissé une marque indélébile. C’est mieux que d’être un conformiste triomphant, un « idiot inutile ».
 
Vous postulez à leur succession ?
Je me contente que leurs valeurs soient les miennes. Mais une chose a changé : à leur époque on pouvait encore se permettre de ne pas les entendre ! Aujourd’hui, il y a le feu en France !
 
Et tant pis si ça vous prive du pouvoir ?
Le pouvoir impuissant ne m’intéresse pas. Être « Monsieur le Ministre » devant qui on enlève son chapeau, et se retrouver sans influence réelle sur les choses, c’est le contraire de ce que je veux. Au contraire, le vrai pouvoir qui affronte les réalités, qui est en phase avec un peuple et qui l’entraîne, qui définit une vraie stratégie, celui-là est enthousiasmant. C’est ma responsabilité d’aujourd’hui de défendre devant les Français le chemin qui seul permettra d’en sortir. Et de les encourager à écarter les mirages.
 
Quels mirages ?
Le mirage de la facilité, de la dérive financière, de la sortie de l’euro, du retour à une monnaie constamment dévaluée, la recherche de boucs émissaires. Au bout de cette voie, il y a le malheur.
 
Vous dites donc qu’il y a un autre chemin à suivre ?
Il existe un autre chemin, et c’est pour la France un chemin positif, une politique qui peut être étonnamment et rapidement fructueuse. Une fois que nous aurons compris que les problèmes ne viennent pas d’ailleurs, qu’ils sont chez nous, la définition de la politique d’urgence coule de source. D’abord redessiner l’État. Avec 57 pour cent du PIB consacrés aux dépenses publiques, dont une grande part est improductive et même empêche la société d’avancer, une meilleure gestion permettra de progresser à pas de géant. Et l’autre face du combat, la plus importante, se joue sur la production, toutes les productions. C’est là que notre ligne de bataille est enfoncée. C’est là que nous devons agir.
 
Comment agir ?
En comprenant qu’il faut d’abord cesser de gêner ceux qui sont en première ligne de la production, de l’entreprise, de la création, de l’invention. Laissez-les entreprendre et agir ! Aidez les si vous le pouvez ! Et d’abord par l’éducation de la nation. Soutenez-les ! Vous verrez leur potentiel ! La politique de soutien à ceux qui entreprennent peut seule faire grandir le gâteau. Car s’il ne grandit pas, aucune coupe, pour sévère qu’elle soit, ne nous permettra de retrouver l’équilibre.
 
Pourquoi avez-vous choisi de soutenir François Hollande ?
Parce que la campagne de Nicolas Sarkozy avait été celle de la division des Français, de l’exaspération des affrontements. Rien n’est plus dangereux. En période de crise, on a très vite un pays à feu et à sang. L’alternance était devenue le seul moyen d’éviter les dérives.
 
Alors, pas de regrets ?
J’avais deux attentes vis-à-vis de F. Hollande. Un climat de paix civile, de pratique plus républicaine et apaisée ; et l’espoir qu’il fasse abandonner à la gauche ses illusions économiques. Sur ce dernier point, les doutes ne sont pas levés, loin de là. Les intentions affichées sont bonnes mais ne correspondent ni aux engagements pris, ni à la majorité parlementaire, ni aux décisions claires d’un pouvoir qui assume…
 
Si vous aviez à faire un bilan plus précis…
Notre engagement au Mali, très juste et nécessaire. La négociation syndicale : convenable. Le rapport Gallois : bonne direction mais aucune décision claire. Les nominations aux emplois publics : aucun progrès. Les économies : à confirmer.
 
Le cumul des mandats ?
Si cette promesse n’était pas tenue dès 2014, ce serait une escroquerie.

Les 75 pour cent d’impôts ?
Démagogique, et nuisible à l’image de la France aux yeux du monde. Un taux marginal de 50 pour cent serait plus juste et rapporterait bien davantage.
 
Le mariage pour tous ?
Un autre statut, l’union, aurait donné les mêmes droits sans provoquer d’affrontements. Mais c’est l’affrontement qu’on voulait.
 
La suppression du jour de carence ?
Faute grave contre l’égalité public/privé, contre la justesse et la justice.

Hollande, louvoyeur, menteur ou pas à la hauteur ?
Aucun de ces trois mots désobligeants. Il est devant son rendez-vous : aura t-il le courage de dépasser son passé, son camp, son parti pour proposer les choix décisifs ? Cela me paraît inéluctable, mais osera-t-il ?
 
Vous croyez à ce scénario ?
S’il n’assume pas, ce sera l’échec brutal. Avec le risque d’une irruption d’extrémisme. Tout y pousse. La politique est en échec. L’Etat est devenu autobloquant, y compris pour ses propres décisions. Personne ne peut plus comprendre aujourd’hui comment fonctionnent l’État ou les collectivités locales. Même chose pour l’Europe à la tête de laquelle on installe des responsables parce qu’ils existent peu et pour qu’ils n’existent pas. Tout cela est un labyrinthe pour les citoyens. Or, quand ils ne peuvent rien comprendre et que ça va très mal, les gens deviennent furieux.
 
Vous ne vous sentez pas vaguement seul ?
La solitude n’est pas à craindre quand on mène le nécessaire combat. J’ai connu des difficultés électorales parce que je refusais l’abaissement de mon pays. Et je l’ai fait avec autour de moi une équipe soudée et courageuse.
 
Le Parlement ne vous manque pas ?
Il y a quelque chose de frappant : ni Martine Aubry, ni Ségolène Royal, ni Alain Juppé, ni Marine Le Pen, ni Jean-Luc Mélenchon, ni moi-même, ni évidemment Nicolas Sarkozy, ne sommes à l’Assemblée. Les plus indépendants, ceux qui ont joué un rôle clé ne montent pas à la tribune. On est loin d’un Parlement qui pèse, où on entend toutes les voix libres et fortes.
 
Vous ne doutez pas ?
Non. Je crois en la force du réel et en la force des idées. Et quand les idées et le réel se rencontrent, alors il n’y a pas de place pour le doute.