Avant de partir en vacances j'ai fait un rêve. Un rêve de bonne gouvernance politique.

J'ai rêvé que les députés européens n'étaient pas mis dans l'obligation de se rebeller contre la présidence  Danoise qui a fait l'impasse sur leurs  droits  à légiférer sur Schengen, l'espace européen de libre circulation. 

Les ministres Européens de l'intérieur se sont en effet réunis pour changer la base  du texte par une subtilité juridique qui équivaut à se passer des députés. Réduisant leur rôle à une simple consultation.

A l'heure où on parle de plus en plus de devoir consolider l'Europe en donnant davantage de pouvoir à la Commission et au parlement, la pilule a du mal à passer.

J'ai rêvé que la Cour constitutionnelle  Allemande ne soit pas obligée de renforcer les prérogatives du Bundestag en matière de plan de sauvetage Européen, comme le relate la lettre hebdomadaire de l'ambassade de France à Bonn. On y trouve ceci:

"Dans ses réactions éditoriales, la presse s’accorde à considérer que la Cour constitutionnelle est demeurée «fidèle à sa ligne» en dénonçant comme « contraire à la constitution la méthode du ‘marche ou crève’ employée par le gouvernement fédéral » (FAZ). Le jugement de Karlsruhe marque une victoire de la démocratie et sanctionne sévèrement le gouvernement fédéral pour sa « démarche cachottière », observe le Handelsblatt.

J'ai rêvé qu'une ministre de l'écologie ne puisse être virée comme une écolière, au prétexte d'une décision tendant à laisser du temps au temps, pour mieux juger de la faisabilité environnementale et technique de forer à 6000 mètres de profondeur au large de la Guyane, dans des zones d'une exceptionnelle biodiversité, comme le souligne Libération.

Mais le lobbying a été plus fort. A l'heure où le gouvernement  devrait mettre en chantier un grand débat sur la transition énergétique du pays, c'est montrer clairement que le PS est sensible aux sirènes des grands du pétrole, comme il l'a été à celle du nucléaire.

Ces questions sont complexes. Raisons de plus pour se donner un peu de temps, à la fois pour la réflexion, pour le débat, mais aussi pour recueillir et mettre en cohérence les informations économiques et technologiques, à ce jour non rassemblées dans les domaines aussi stratégiques pour notre futur que l'environnement et l'énergie. Elles seront indispensables aux prises de décisions politiques. L'époque du fait du prince est révolue. Si Hollande et Ayrault ne le comprennent pas, ils vont au devant d'ennuis prévisibles. Les  Français attendent de leur part une autre gouvernance.

J'ai rêvé, avec Cohn Bendit, que les responsables écologiques qui donnaient des leçons à tout le monde, ne s'accommodent pas du fonctionnement hiérarchique, autoritaire et clanique de la politique traditionnelle, au prétexte qu'ils sont au gouvernement. Leur silence sur le cas de Nicole Bricq, contrainte de céder son ministère, a été assourdissant.

J'ai rêvé que  ceux qui se revendiquaient des valeurs démocrates, parlaient chaque jour que Dieu fait, d'indépendance, et mettaient chaque fois leurs principes en avant, lorsqu'il était question de faire bouger les lignes, ne rallient pas, au premier chant du coq, "l'usurpateur opportuniste du centre", Borloo, comme l'a si joliment baptisé Marie-Anne kraft, Conseillère nationale du Modem,  blogueuse sur Médiapart, et candidate sous les couleurs du Centre pour la France aux dernières législatives à Saint-Maur.

Les militants du Mouvement Démocrate, qui a, sous l'impulsion de François Bayrou, toujours maintenu la priorité des valeurs sur les alliances, lorsqu'il y avait risque de s'y perdre, sont à nouveau pris dans les tourments post électoraux des débats internes et des choix à faire.

Le seul qui est à privilégier est de ne pas gaspiller ce capital moral que les  Français approuvent.

Cette approbation ne va malheureusement pas jusque dans les urnes. C'est la question que nous devons analyser. Nous avons le fond, mais ne savons pas donner une forme à celui ci.

Ce sera le travail à entreprendre à  la rentrée. Sur le terrain. Au plus près des populations.

La bonne gouvernance est celle qui travaille pour, et avec, les citoyens. C'est ce qu'oublient trop vite les politiques une fois élus. Ce qu'oublient très vite les individus en recherche de tremplins de carrières à venir.

Le moment est venu "d'inverser la pente, d'intéresser à nouveau les citoyens au débat collectif. Car au fond d'eux mêmes, ils n'attendent que cela". Comme l'a écrit Robert Rochefort dans la préface  du Projet Humaniste du Modem .

 Bernard Léon.