Certains ont voté blanc, acceptant implicitement le choix des autres électeurs, mais vivant peut-être ce vote comme un simple refus, voire un abandon de l'engagement politique.
D'autres ont choisi le président sortant, soit pour des raisons d'efficacité économique soit à cause de leurs convictions éthiques: je laisse ici le volet économique à la compétence de notre ami Bernard pour m'attacher au volet éthique.

En effet, il en a été peu question, non seulement dans les débats, mais encore dans l'analyse des résultats. Or je sais l'importance de cet aspect pour une partie non négligeable des électeurs: les chrétiens, dont je suis, mais aussi, par ordre chronologique d'arrivée dans notre pays, les juifs, les musulmans et les bouddhistes - sans compter tous ces autres que je connais moins mais qui partagent aussi ces convictions.

Si ces questions, qui renvoient à l’idée philosophique (ou religieuse) qu’on a de l’homme, orientent nécessairement la façon de comprendre le vivre-ensemble, donc les choix politiques, elles ne sauraient pourtant être tranchées par l’opinion d’un candidat ou d’un parti, comme on l’a bien vu dans la façon dont a été préparée la loi Léonetti, finalement votée à l’unanimité, aussi bien à l’Assemblée qu’au Sénat, moyennant un travail préparatoire long qui a réuni des personnes de tous horizons philosophiques et professionnels, traversant tous les partis politiques. C’est ainsi que l’idée d’une adoption par des couples homosexuels aurait été réfléchie si elle avait été soulevée par notre candidat, supposé devenu président...

Si le nouveau président les met sur la table, on est en droit d'espérer qu'il ne les fera pas passer en force mais proposera aux instances concernées d’y réfléchir. En effet, c'est en réponse aux questions soulevées par la demande d'euthanasie que la loi Léonetti a amené à prendre en charge correctement la souffrance des malades en fin de vie.
Quand une question est posée par la société, mieux vaut la mettre sur la table et en discuter, à condition d'avoir l'honnêteté intellectuelle de ne pas préjuger des conclusions: ainsi on peut trouver des solutions qui fassent passer de la guerre à la concorde, en cherchant un socle commun de convictions au fondement d'approches que tout n'oppose peut-être pas.

C'est bien cette attitude que nous escomptons de la part du Président élu s'il souhaite favoriser une participation constructive de l'ensemble des Français, dans la difficile charge qui lui incombe, puisqu'il déclare vouloir rester à sa place de Président de la République, sans prendre la place ni du Parlement ni des autres médiations établies par la République.
Il est probable d'ailleurs qu'il aura des questions pratiques et directement politiques plus urgentes à traiter avant de soulever ces questions de fond!
Pour ma part, j'accorde la présomption d'innocence, ou au moins d'honnêteté, même au Président de la République! Et il y a encore les élections législatives. La démocratie n'existe que si l'on s'en sert: continuons à lui faire confiance!

Marie-France de Muizon
8 Mai 2012