Cela ne veut pas dire que tous les journalistes se comportent en chiens de garde de leur actionnaire, ni que les journaux soient malhonnêtes à chaque ligne imprimée. Mais il peut y avoir des tendances lourdes. Nous ne sommes pas près d'oublier au Modem, l'éditorial signé Colombani, d'avant premier tour en 2007, où Le Monde, journal réputé exemplaire, n'a pas hésité à dire qu'il serait démocrate de ne pas voter François Bayrou.

Je vous demande donc d'être attentif, dans le peu de semaines qui nous restent avant d'aller voter, à ce qui se dit ou ne se dit pas dans la presse, afin de rétablir par votre jugement l'équilibre démocratique.

Car jusqu'à ce jour l'équilibre n'a à aucun moment été respecté. Cela a fait parfois débat. Car certains voudraient que le temps accordé soit proportionnel au nombre de députés à l'Assemblée. Ou bien aux sondages. Sans vouloir admettre que la vie est mouvement. Qu'un chiffre gagné il y a cinq ans n'est plus à l'image de ce que peuvent penser les citoyens aujourd'hui. Que ce chiffre est contestable, puisque la règle électorale attribue a un parti non majoritaire, la majorité des sièges à l'Assemblée, au nom de l'efficacité gouvernementale. Mais construisant ainsi un parti aux ordres, godillot comme on disait dans ma jeunesse. Quand aux sondages, ils n'ont jamais été l'évangile qu'on cherche à nous faire croire; Ils se sont souvent trompés. Souvenez vous de Balladur en 2002, de Jospin en 2007, donnés gagnants. Ou encore de Le Pen crédité en 2002 de 10% et qui a fini à près de 17%.

Reste alors à avoir en conscience la consanguinité des candidats de gauche et de droite, ou des gens qui les soutiennent, avec les milieux de la banque, de la finance et des grands groupes. Une consanguinité secrète, jusqu'au jour où, au tournant d'une affaire de famille on découvre que Madame Bettencourt contribue généreusement à financer des vrais et des faux partis de droite, en même temps qu'elle recevait un chèque du trésor public, dit de remboursement, d'une somme importante, dans le cadre de la loi portant sur l'ISF.

N'oubliez jamais en écoutant les commentaires à la radio ou à la TV  les propos scandaleux, car partisans, tenus souvent par des journalistes vedettes. Acrimed, une association  qui joue le rôle d'un observatoire critique des médias et réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs, des universitaires et des usagers des médias, le rappelait il y a peu, sous la plume de Julien Hairault, de France Inter: "Les temps sont durs pour le pluralisme politique en France". Il citait en exemple Jean-Michel Apathie  et ses coups de boutoir contre "les candidats inutiles", et ces neufs responsables de l'audiovisuel qui ont adressé au CSA et au Conseil constitutionnel une lettre ouverte pour protester contre la règle de stricte égalité de temps de parole applicable à compter du 20 mars, pour demander qu'elle soit limitée à deux semaines.

Comme une majorité de français, deux sur trois, comme en témoigne le baromètre Ipsos Le Monde du 7 mars, vous jugez sans doute la campagne "pas intéressante". Vous ne supportez plus ce matraquage de ce que François Bayrou nomme la SarkHollande. Alors soyez critique. Faites vous votre opinion, en écoutant ce qu'on vous dit ou qu'on ne vous dit pas, qui le dit et qui ne le dit pas. Qui vous parle de vos problèmes, ou s'amuse à vous rebattre les oreilles avec la façon d'abattre la viande de boucherie.

Vous serez bien vite éclairés sur qui vous parle vrai, ou qui vous ment, qui vous promet la lune de la facilité budgétaire, ou qui vous dit que nous ne serons très vite plus rien si nous ne rétablissons pas la discipline de l'équilibre, qui vous dit qu'on peut tout faire ou qui vous dit qu'un Etat surendetté c'est comme un foyer surendetté, qu'il lui faut un plan supportable de rétablissement pour retrouver son avenir. Et que cela ne peut se faire, comme le dit François Bayrou dans le livre qu'il vient de publier chez Plon, "La France solidaire", qu'à travers un modèle de société.
Il dit exactement ceci: " Aujourd'hui, nous ne savons plus où nous allons. On nous a tant trimballés, ces dernières années, du libéralisme individualiste soumis à l'économie de marché, jusqu'au socialisme-mais-qui-n'en-était-pas-un", qu'il n'existe rien de plus urgent pour la France que de définir son modèle de société".

Dés lors votre vote, libre et informé, inscrira un avenir possible pour vous même, votre famille et pour la France.

Bernard LEON